Chine : avec le permis à points, sept crachats et c’est l’expulsion
<<En vertu d’un projet de permis à points actuellement à l’étude dans la province du Guangdong, les pauvres qui crachent trop pourraient être expulsés de leur logement social. Selon le Bureau des ressources foncières et du logement de Canton, leur bail serait résilié s’ils commettaient un nombre excessif d’infractions au cours d’une période de deux ans.Ce permis à points, qui constitue une première en Chine continentale et ressemble à celui en vigueur à Hong Kong, sanctionnerait non seulement les crachats, mais aussi les jets de détritus et les stationnements interdits. Le nombre de points retirés du permis varierait selon la gravité de l’infraction, la résiliation du bail intervenant à partir de la perte de 20 points. Le fait de cracher en public coûtant 3 points, un locataire pourrait se voir expulsé au bout de sept crachats.
Selon Xie Xiaodan, le directeur du Bureau du logement, les habitations à loyer modéré sont une importante ressource publique, sur laquelle les autorités doivent renforcer leur contrôle. Le permis à points assurerait un usage équitable et efficace de ces ressources. Mais, d’après un éditorial du journal cantonais New Express Daily, les pouvoirs publics ont le devoir de fournir un logement aux personnes à faibles revenus et ils ne doivent pas se soustraire à leurs obligations pour une simple question de bienséance. Les crachats et jets de détritus sont déjà sanctionnés par la loi et il n’y a pas de raison, selon le journal, de les punir doublement. L’éditorial se demande également si les coupables ne sont pas victimes d’une discrimination du fait de leur pauvreté et rappelle que le succès du permis à points de Hong Kong est contesté. Pour Zheng Fenming, directeur du Centre de développement scientifique et de recherche sur l’action des pouvoirs publics de l’Académie des sciences sociales de Canton, la fourniture de logements à loyer modéré est une mesure d’aide sociale et, si elle ne pouvait être appliquée à cause du permis à points, c’est le fondement même de cette politique qui serait remis en question. Selon lui, les crachats relèvent d’un problème de société et il ne convient pas de stigmatiser certains groupes.
Chen Lin, directeur de l’Institut de recherche sur l’immobilier à l’université de Canton, est plus nuancé : dans la mesure où les logements sociaux sont construits avec l’argent du contribuable, il est normal, selon lui, que le comportement de leurs locataires soit soumis à un contrôle. Mais, pour des infractions telles que les crachats, il considère que des rappels à l’ordre seraient plus efficaces.
Dans le cadre du permis à points annoncé le 5 janvier, les locataires recevraient un avertissement officiel à partir d’un retrait de 15 points ou de trois infractions. Les familles qui seraient expulsées pourraient postuler pour un logement provisoire et, au bout d’un an, faire une nouvelle demande de logement social. Le Bureau a invité le public à se prononcer sur son projet.>>
Soulez-vous et saluez les voitures ou les édits étranges de l’administration chinoise
<<A l’école élémentaire de Luolang, tous les élèves connaissent les règles de base : on ne court pas dans les couloirs et on lève la main quand on veut poser une question. Ah oui, et on salue toutes les voitures qu’on croise sur le chemin de l’école.
Cette nouvelle directive, soutenue par des responsables de l’éducation, vise à réduire le nombre d’accidents de la route et à apprendre la politesse aux enfants. Vu les milliers de commentaires négatifs qui ont fleuri sur Internet, l’initiative est loin de faire l’unanimité. Seuls des fonctionnaires ineptes pouvaient infliger une telle règle au lieu d’installer des dos-d’âne, s’indigne-t-on sur la Toile. La Chine est loin d’être le seul pays où les bureaucrates locaux font un peu trop de zèle. Reste que dans cette nation – où bon nombre de responsables officiels sont particulièrement mal formés et ne peuvent être renvoyés que par le Parti –, critiquer les décisions douteuses de l’administration locale est devenu un véritable sport national pour les internautes. Les médias d’Etat eux-mêmes s’y mettent, bien qu’ils précisent rarement l’origine de telle ou telle réglementation. La plupart du temps, la critique paie. En avril dernier, un district de la province du Hubei, dans le centre de la Chine, s’est couvert de ridicule devant tout le pays après que des responsables locaux eurent enjoint aux fonctionnaires et aux employés des entreprises publiques d’acheter chaque année 23 000 paquets de cigarettes de la marque locale, sous peine de payer une amende. Les responsables locaux tentèrent d’expliquer que les revenus liés à la taxe sur les cigarettes contribueraient à stimuler l’économie locale. Après des semaines d’embarras, les responsables du district de Gong’an se fendirent d’un message lapidaire sur leur site officiel : “Nous avons décidé de supprimer cette réglementation.” L’administration de Hanchuan, dans la province du Hubei, a tenté une manœuvre similaire, avec les mêmes conséquences. Soucieux de doper les ventes de spiritueux, les responsables locaux ont ordonné à leurs fonctionnaires d’acheter pour près de 300 000 dollars par an de baijiu. Selon les calculs des journalistes, cela représentait trois bouteilles de liqueur extraforte par jour et par personne. Ce règlement a finalement été abrogé. L’année dernière, dans un autre district de la province du Ghizhou, dans le sud de la Chine, les fonctionnaires ont été mis à contribution pour accroître la fréquentation de ruines antiques. Chaque service devait organiser des excursions afin que l’administration locale puisse se targuer d’avoir reçu quelque 5 000 visiteurs en l’espace de deux mois. Les visiteurs forcés devaient changer plusieurs fois de bus pour se rendre jusqu’au site, situé à plus de 30 kilomètres de leur siège administratif. Ils devaient ensuite louer un deux-roues pour parcourir les quinze derniers kilomètres de sentier, précise le quotidien Guangzhou Daily. Le journal Guizhou Commercial News rapporta que certaines administrations étaient fermées pendant que les employés jouaient aux touristes. Le mois suivant, cette directive était retirée.
Selon les spécialistes, la multiplication de telles mesures traduit le manque de professionnalisme des représentants locaux. Le Parti communiste chinois s’efforce depuis quelques années de rectifier le tir en améliorant la formation de ses fonctionnaires et en permettant à la population de s’exprimer davantage. Les écoles du Parti où sont formés les fonctionnaires n’insistent pas seulement sur l’idéologie, mais aussi sur les compétences administratives. L’attribution des postes est censée correspondre à des résultats concrets. Certains responsables peu scrupuleux ont été sanctionnés. Le secrétaire du Parti de la ville de Feicheng, dans le nord-est du pays, a été démis de ses fonctions après avoir décidé de punir d’une amende de 73 dollars chaque paysan coupable d’avoir coupé un pied de maïs sans autorisation. Les paysans s’étaient plaints de ne pas pouvoir faire leur récolte, de crainte d’être sanctionnés. Les responsables locaux des quelque 637 001 villages de Chine semblent particulièrement enclins aux excès de zèle. Jusqu’en 2005, les responsables d’un village proche de Chongqing obligeaient les femmes célibataires à passer un test de virginité avant de pouvoir recevoir une compensation pour des terres accaparées par le gouvernement. Selon eux, seules les femmes vierges pouvaient prétendre à être dédommagées. En comparaison, le salut aux voitures imposé aux élèves de l’école de Luolang est bien peu de chose. Les responsables précisent d’ailleurs que cette règle n’a qu’une valeur facultative. Quand on leur demande s’ils s’y conforment, la plupart des élèves se contentent de glousser nerveusement.>>
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